02 mai 2009

Concertation et démocratie

8/04/2009- (Roger Mézin)  Concertation et Démocratie (1)

 

«  Délibérer est le fait de plusieurs, décider le fait d’un seul »

 Charles de Gaulle

 

 

 

 

Sous prétexte de démocratie locale la majorité municipale vient de créer quatre Conseils de Secteurs. Chacun de ces secteurs va peser en population plus que la ville d’Abbeville qui dispose, elle, d’un maire, d’adjoints et d’un conseil municipal élu.

 

Tiré au sort, ce Conseil ne représentera que lui-même et n’aura aucune légitimité. A quoi doit-il servir ? Pour l’essentiel à un simulacre de débat comme nous en avons connu toute l’année qui vient de s’écouler. Des sondages scientifiques auraient fourni une moins mauvaise information.

 

Par delà la méthode choisie, c’est le principe même qui doit être revu.

 

Qu'il faille, avant toute décision importante, étudier, expertiser, comparer, puis écouter et intégrer les objections et encore dialoguer, tenter de convaincre, parfois négocier, est une évidence qui tient plus de l'efficacité dans l'action que d'une pratique démocratique.

Le chef d'entreprise ne procède pas autrement dès qu'il s'agit de choix importants.

 

Autre chose est de camoufler l'incapacité à assumer une décision en la camouflant derrière un lourd processus "concertatif".

On voit ce que cela donne depuis un an: RIEN NE SE DECIDE: ON ECOUTE!

 

Je comprendrais que l'on écoute des experts, des professionnels, des scientifiques, je comprendrais même qu'un sondage donne un état de l'opinion, mais non, on se borne à prendre les "intéressés" c'est-à-dire par définition, le contraire même de l'intérêt général qu'un élu est censé défendre!

 

Au niveau national c'est déjà une catastrophe qui fait perdre un temps considérable, consomme des crédits importants et altère profondément la considération porté aux hommes politiques qui, élus pour décider, se réfugie derrière ces avis qui, le plus souvent arbitrent au plus petit commun dénominateur de leurs intérêts épars.

 

Ainsi les Conseils économiques et sociaux sont, par construction, les représentants de corporatismes organisés pour y présenter des candidats. Syndicats professionnels, agriculture, commerce, santé, banque.. rien n'y manque sauf les représentants de l'intérêt général.

 Par esprit comique sans doute le législateur a laissé aux Préfets le soin de nommer des "personnes qualifiées" comme pour mieux souligner que les autres ne l'étaient pas!

 

Les divers "comités théodule" que l'on retrouve autour de différents projets ne regroupent que des groupes de pression autour d'intérêts divers dont peu se soucient de l'intérêt général qu'il appartient aux seuls élus d'incarner, de défendre et d'être éliminés lorsque le peuple pense qu'ils l'ont mal défendu.

 

Au niveau local, le problème est plus complexe encore tant la proximité exaspère souvent les tensions.

Comment "concerter" un trajet de ligne de bus comme le fait Gilles Demailly avec les seuls usagers de la ligne?

Est-ce à dire que les études préalables n'ont pas intégré leurs souhaits? Il faut s'empresser alors de muter le Directeur de la société de bus! C'est son travail d'écouter TOUS les points de vue, de les exposer dans une logique de réseau qui tentera de concilier tous les points de vue.

Devront s'y ajouter, avant décision, les arbitrages urbanistiques, économiques, financiers, environnementaux qui, sur le plan de l'intérêt général, devraient compter plus que le point de vue des usagers de la ligne ou des chauffeurs de bus.

 

Arbitrages fait, l'élu ouvre la période d'explications, de dialogues  qui pourront s'enrichir de propositions d'usagers qui verront mieux que quiconque les inconvénients pratiques de telle ou telle mesure.

 

En clair, on ne concerte pas sur un projet, on l'étudie! On ne concerte pas sur une décision, on dialogue sur sa mise en œuvre. La différence est dans l'identification du responsable qui donne sens et cohérence au chemin proposé.

 

Est à dire que les décisions de proximité elle mêmes doivent échapper à la concertation? Non!

Encore faut-il l'organiser pour qu'elle soit représentative et efficace et non pour servir de paravent à un exécutif défaillant.

 

J'y reviendrai demain

 

R. Mézin

 

 

 

11 février 2009

L'entreprise ne paie pas la taxe professionnelle

 

Le 10 février 2009  En y réfléchissant…

 

L'entreprise ne paie pas la taxe professionnelle?


Comme on peut le voir dans le dossier "comprendre la taxe professionnelle" publié sur le site d'Imagine Amiens " http://www.imagine-amiens.com" la taxe professionnelle est décrite comme un impôt payé par les entreprises.

Pourtant en se souvenant simplement de son cours élémentaire chacun sait que le prix de vente d'un produit est son prix de revient plus la marge.

Le prix de revient incorpore bien évidemment toutes les charges que l'entreprise supporte pour mettre son produit en vente. Parmi ces charges figurent les charges sociales de l'entreprise et notre taxe professionnelle.

Comme nous avons appris que le prix de vente est la somme des charges plus la marge on constate que non seulement l'entreprise ne paie pas la taxe professionnelle mais même qu'elle y ajoute sa marge.

La réalité, comme toujours, est plus complexe.

Le prix ne se fixe pas seulement comme on l'a appris à l'école. Dans un monde concurrentiel l'entreprise va tenir compte de ses concurrents pour fixer son prix. Sans concurrence elle peut augmenter ses marges, sous fortes concurrences les réduire.

Ce qu'elle ne peut pas faire longtemps c'est vendre à perte! Donc dès qu'elle vend elle fait supporter à son client toutes ses charges y compris les charges sociales et la taxe professionnelle.

Encore doit elle vendre!

Si, sur son marché, toutes les entreprises sont soumises aux mêmes taxes, celles-ci n'ont pas d'influence[1]. Ainsi la vente du pain sur Amiens Métropole peut dépendre du prix du pain mais pas de la taxe professionnelle payée par le boulanger puisque semblable pour tous les boulangers d'Amiens Métropole

En revanche, les produits vendus par Procter et Gamble à l'étranger supportent une taxe professionnelle d'Amiens Métropole que ses concurrents ne supportent pas. Il est incité à délocaliser si ces charges sociales et fiscales deviennent trop importantes.

Pire encore! Il va subir en France la concurrence de produits étrangers qui ne supportent pas ces charges.

Le comble est que, dans tous les cas c'est le seul consommateur français qui paie. En effet le producteur étranger peut augmenter ses marges puisqu'elles lui sont offertes gracieusement par un système fiscal inadapté.

Il est urgent de mettre au point le transfert progressif mais total des charges qui soit disant pèsent sur l'entreprise pour les faire payer directement aux consommateurs avec les dégrèvements sociaux nécessaires.

 TVA sociale, taxe carbone ou autre tout système qui rendra claire la charge de l'impôt sera bénéfique.

 



[1] Sauf pour le porte monnaie du consommateur. Mais l'effet serait le même qu'une hausse de TVA ou des matières premières. A un moment le consommateur n'achète plus le produit.

09 février 2009

L'Ecole primaire

M6 diffusait hier soir une excellent reportage sur l'école, dans son émission Zone interdite (www.m6.fr)

Après « l'école chez soi » où des parents décident de former eux-mêmes leurs enfants à la maison (intéressant mais non généralisable), l'émission a montré le système finlandais qui passe, selon l'OCDE, pour un des plus performants au monde.

Vous trouverez sur le site www.imagine-amiens.com des éléments pour approfondir la connaissance de ce système, à travers une note "comprendre".

Les éléments fournis méritent qu'on y réfléchisse, tant ils remettent en cause un certain nombre de nos habitudes, pour ne pas dire de notre culture

En Finlande il n'y a pas d'écoles maternelles; Elles sont remplacées par le "jardin d'enfants" et les parents apprennent à lire à leurs enfants à la maison. La motivation n’est pas un souci d'économie mais une réponse à la création d'un lien fort entre parents et enfants dans le processus éducatif.

  • La séparation école primaire-collège n'existe pas. De 7 ans (âge de la  scolarisation) à 16 ans l'élève est dans le même contexte éducatif.
  • Le redoublement n'existe pas, ce qui implique un système très personnalisé de suivi et de soutien qui se révèle très performant.
  • Le système scolaire est décentralisé. Le directeur contribue au choix des enseignants et même à leur rémunération.
  • La collectivité locale est à la base de l'organisation scolaire.
  • Les ordinateurs et tableaux blancs interactifs sont partout.
  • En dépit de tout cela, la France dépense beaucoup plus pour ses élèves que la Finlande.

En France, la pression (l'oppression?) syndicale interdit les adaptations que les Finlandais ont su entreprendre dans les années 80.

En Picardie, la Région finance à peu près TOUT sauf l'école primaire et l'absence de réseaux haut débit condamne le monde rural à la plus dangereuse des fractures entre ville et campagne.

A Amiens, les expériences lancées par Gilles de Robien pour l'accompagnement à la scolarité semblent s'endormir doucement faute de s'étendre rapidement.

Pourtant, c'est à l'école primaire que se fait l'avenir éducatif du pays. Rendre l'Université performante est une nécessité mais ce n'est qu'un rêve si l'école primaire demeure en l'état.

06 février 2009

Dépecer la Picardie?

Dépecer la Picardie ou la taille des régions

Afin d'occuper le terrain médiatique les socialistes Picards devancent le 1er Avril avec une bouffonnerie "la commission Balladur proposerait le dépeçage de la Picardie parce qu'un Préfet, paraît-il, en aurait parlé lors de son intervention".

Il n'en faut pas plus pour que notre quotidien régional en fasse deux pages et que chacun s'empresse d'afficher son indignation sur ce "projet" et  son amour sans faille pour la Picardie.

Plutôt qu'entrer dans ces fariboles, essayons de voir le problème au fond. Reconnaissons d'abord que tout découpage d'un territoire est subjectif. Qu'il s'agisse de circonscription électorale ou administrative on peut discuter à l'infini des choix proposés. Le découpage des régions ne fait pas exception.

La Picardie fait partie des rares régions françaises clairement identifiées par son nom. Ce n'est pas le cas de Provence Alpes côte d'Azur, Rhône Alpes, Midi Pyrénées, Nord Pas de Calais pour ne parler que des plus grosses comme si la recherche de la taille l'avait emporté sur l'histoire et la géographie.

Pour autant la Picardie ne fait pas plus sens que les autres. Entre Château-Thierry et Abbeville peu d'histoire commune. Mais quelle histoire commune entre Château-Thierry et la Thiérache dans un département dont les géographes disent: "C'est un espace hétérogène, aux réalités géographiques, historiques et politiques très variées". Doit-on pour autant redécouper l'Aisne ?

Alors que personne ne souhaite remettre en cause nos 36.000 communes (découpage unique en Europe) le débat est récurent sur la taille des régions. Pourtant nos 22 régions pour 64M d'habitants ne sont pas très différentes des 20 régions Italiennes pour 59 M d'habitants, 17 régions Espagnoles pour 40M d'Habitants ou 12 provinces hollandaises pour 16M d'Habitants. La Picardie est plus peuplée que la Thuringe allemande et que beaucoup d'états des Etats-Unis d'Amérique. Si la taille était un facteur significatif à l'époque des guerres il l'est moins aujourd'hui ou la qualité de formation des hommes l'emporte sur leur nombre.

Là est le problème de la Picardie. Non seulement elle attire peu les étudiants ou les cadres supérieurs mais ses jeunes de qualité sont moins nombreux à souhaiter y achever leur formation et y faire une carrière.

Nous avons su pour faire nos pôles de compétitivité nous allier avec Reims et Lille. Des partenariats à étendre sont évidemment plus efficaces que n'importe quelles fusions.

Nous avons suffisamment de vrais problèmes que nos politiques régionales dispersées ne savent résoudre pour nous lancer dans un faux débat et une inquiétude crée de toute pièce.

05 février 2009

En y réfléchissant...

Parce que mondiale et complexe, la crise que nous connaissons va remettre en question beaucoup de nos habitudes de penser, de nous comporter, d'agir.

Elle a touché le système financier, s'est étendu à la sphère économique puis aux fragiles équilibres sociaux.

Par habitude et facilité les Français attendent de l'Etat et aujourd'hui du Président de la République, la solution à tous les problèmes.

Une solution durable n'arrivera que si chaque cellule économique et sociale prend en compte l'intérêt général et cède un peu de ses corporatismes habituels.

Si juges, avocats, notaires, huissiers, chauffeurs de taxi, professeurs d'Université, de lycée de collège ou d'école, médecins, infirmières, transporteurs publics ou privés, agriculteurs, pêcheurs, petits et grands commerçants, petits et grands patrons, hôtesse de l'air, conducteurs du ciel, pilotes, agents publics de toutes catégories, intermittents du spectacle ne peuvent qu'opposer la grève au changement.

Si partis politiques, élus nationaux ou des collectivités locales, syndicalistes et membres des Conseils Economiques et Sociaux ne font pas évoluer plus fortement leurs schémas de pensée.

Si les associations diverses se bornent à demander plus de moyens.

Si les parents continuent de penser que la crèche, l'école ou le stade peuvent prendre en charge l'éducation de leurs enfants.

Alors nous avons peu de chances de réussir collectivement.

Pourtant les temps de crise sont des moments privilégiés pour renouveler la pensée, les méthodes et même parfois les objectifs et les finalités.

C'est à cette tâche qu'après 50 ans de vie active dont 25 de vie politique je voudrais m'attacher avec ceux qui souhaiteront échanger sur ces thèmes ou l'avis de chacun compte pour peu qu'il ait fait l'effort d'y réfléchir vraiment avant de proposer.

"En y réfléchissant" voudrait être un des creusets d'une autre analyse de la vie locale (de préférence) mais sans s'interdire de s'échapper tant le local et l'universel se marient de plus en plus.

Au plaisir de vous y retrouver. Sur: http://rogermezin.hautetfort.com

 

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